Sur la santé mondiale d'abord
Une prochaine pandémie est certaine — les experts étaient unanimes. La question n'est pas "si", c'est "quand". On a progressé depuis le Covid : meilleure détection des signaux faibles, suivi épidémiologique des eaux usées, modèles mathématiques de prévision. Un exemple concret : en 2015, Google suivait les recherches "grippe", "hôpital", "paracétamol" sur son moteur — et avait deux semaines d'avance sur les agences de santé publiques pour détecter les foyers épidémiques.
Mais il y a une tension de fond toujours pas résolue : chaque pays veut rester souverain dans ses décisions de santé — et en même temps, un virus ne respecte aucune frontière. Il faut trouver le juste milieu entre engagement collectif et souveraineté nationale.
L'idée qui m'a le plus parlé : La prévention n'est pas un coût. C'est un investissement. Agir tôt coûte toujours moins cher que réagir tard. C'était vrai pour le Covid. C'est vrai pour l'éducation. C'est vrai pour les conflits. Et pourtant, c'est systématiquement le premier budget qu'on coupe quand les temps sont difficiles.
Toby Cosgrove — qui a dirigé la Cleveland Clinic, l'un des plus grands systèmes hospitaliers au monde avec 90 000 employés — défendait pendant le Covid une approche ciblée plutôt qu'uniforme : concentrer les restrictions sur les plus de 65 ans, population réellement à risque, plutôt que confiner l'ensemble de la population. Son argument : des résultats équivalents, des coûts bien moindres, et des dommages collatéraux réduits pour le reste de la population. Une logique que les décideurs politiques ont rarement suivie.
Dans le même temps, les budgets de recherche sont en baisse, la méfiance envers les vaccins progresse — il y a eu des cas de rougeole aux États-Unis en 2024, une maladie qu'on considérait éradiquée — et seulement 4% des médicaments consommés en Afrique y sont produits. Ce chiffre dit tout sur ce que la dépendance sanitaire signifie concrètement pour une grande partie du monde.
Mais il y a aussi une note plus encourageante. Antoine Flahault, épidémiologiste, a cité ONUSIDA comme exemple de ce qu'une organisation internationale peut accomplir quand elle est bien conçue. ONUSIDA — le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida — coordonne depuis 1996 l'action de onze agences de l'ONU autour d'un plan stratégique présenté tous les quatre ans, avec des objectifs chiffrés et un suivi par les États membres.
Le résultat : depuis 2010, les nouvelles infections au VIH ont diminué de 40%, et les décès liés au sida ont été réduits de 54%. Ce n'est pas parfait — les objectifs fixés pour 2025 ne seront pas atteints. Mais c'est la preuve que le multilatéralisme peut produire des résultats mesurables quand il est structuré pour ça. Un objectif clair, une échéance, une redevabilité. C'est précisément ce qui manque ailleurs.